Saul Bellow et Norman Manea. Une conversation ininterrompue

Les lecteurs de Ravelstein (Saul Bellow, 2000) ou ceux du Retour du hooligan (Norman Manea, 2003) vont trouver jubilatoire le spectacle des idées qui naissent et l’énergie de la pensée qui s’auto-réfléchit dans cette conversation « ininterrompue » entre deux grands écrivains des Etats-Unis et de l’Europe.

Livre désirable. Nicolas Trifon, « Oublier Cioran&Cie »

Oublier Cioran & Cie, publié par Non Lieu, propose une lecture passionnante de la Roumanie contemporaine à travers des chroniques, analyses, critiques d’ouvrages divers, inédites ou publiées par l’auteur entre 2006 et 2021 sur le site du Courrier des Balkans. Regroupés en trois sections thématiques – Culture, Société, Histoire – les articles de Nicolas Trifon recensent beaucoup d’informations, toujours mises en contexte et surtout étayées avec une distanciation critique remarquable et une liberté de ton salutaire.

Distances rapprochées. Tatiana Țîbuleac

"La distance signifie prendre soin, des années où j’ai gardé la distance. Par timidité ou arrogance, par pitié ou vengeance. Hommes, loi, Dieu. Un chemin qui ne m’a amenée nulle part, mais que j’ai parcouru avec mes dernières forces. Je pense à l’amour, à l’argent, aux extravagances, à tout ce qui est resté en profondeur et loin. Je pense à Papa, qui est mort seul. Tout un catalogue de choses qui je n’ai pas accomplies. Autant de soins inutilisés."

Distances rapprochées. Raluca Antonescu, « Au niveau des lèvres »

"Ils ont que ça à faire, ici. Regarder par la fenêtre. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait, malgré ma présence. La vue de sa chambre donne sur une cour, plutôt calme. Nous portons un masque et respectons la distance sanitaire. Elle est assise dans son fauteuil proche de la vitre et j’ai placé une chaise à l’autre bout de la pièce, à côté de la porte. L’idée que je puisse m’enfuir aisément, en deux enjambées, me réconforte. Pour être honnête, cet éloignement qui nous est soudain imposé ne nous est nullement étranger. La distance, nous la respectons depuis longtemps."

Distances rapprochées. Thierry Clermont, « București – Constanța, train direct »

"En train direct jusqu’à Constanța, après avoir traversé le Danube à plusieurs niveaux, au niveau de Cernavodă. Le wagon est bondé. Je suis debout, près des toilettes. Pendant deux heures, une succession d’étendues boisées, de bocages, de champs de colza et d’orge ; de nombreux troupeaux de moutons et de chèvres, quelques carrioles tirées par des chevaux ; très peu de villes, quelques rares hameaux. Après le delta, grande émotion à la vue de la mer Noire, avec sa grève à perte de vue, depuis les hauteurs arborées de la ville, laquelle ne vaut pas vraiment le détour, à l’exception de quelques façades claires dans le goût rococo, entre deux blocs de béton brut. C’est dans ce port que les mutins du Potemkine s’étaient réfugiés, en 1905."

Livre désirable. Radu Bata signe une nouvelle « anthologie désirée de poésies ». Le blues roumain #2

C’est un désir singulier, irrépressible et irréprochable de poésie qui anime ce (deuxième) recueil qui porte si bien son nom : Le blues roumain, Vol. 2, « anthologie désirée de poésies », sélection et traduction de Radu Bata, préface d’Éric Poindron, illustrations de Iulia Şchiopu, vient de paraitre chez les Éditions Unicité. Lancement le 28 mai 2021.

Distances rapprochées. Lavinia Bălulescu, „Les mains”

"Hier j'ai fait quelques pas avec ma mère. Sur FaceTime on les a faits. Je lui ai montré le salon, la chambre à coucher, l'entrée. Regarde, ici c'est la cuisine. Viens, on va ouvrir la porte vers le balcon. Que tu es maigre ! Je ne suis pas maigre ! Tu manges quoi ? Tu manges de la viande ? J'en mange. Tu as des cernes grands comme des assiettes. Tu manges des fruits ?"

Distances rapprochées. Cécile Oumhani, « Comme des touches d’encres »

"Je me suis repliée en pleine nature, là où rien ne dérange ni les cerfs ni les sangliers. J’en avais rêvé comme d’une libération. Et personne considérée fragile, j’y suis restée. Les plants de choux, de livèche et autres légumes, j’ignorais les trésors de patience qu’il nous faudrait pour les voir pousser et espérer en récolter quelques feuilles. Les orties ne piquent pas les mains, si on sait comment s’y prendre pour les cueillir. Je me suis redressée, quand une clameur s’est élevée dans le ciel d’automne, marbré de rouge au couchant. Elle m’assourdissait. De fines touches d’encre de Chine dessinaient un ample V au-dessus de moi. Elles ondoyaient et avançaient, ponctuant leur mouvement de longs cris aigres. Libres comme l’air, elles avaient largué les amarres pour défier l’espace et les kilomètres. Cet après-midi-là, N. Scott Momaday m’avait envoyé un poème intitulé « Un départ d’oies ». La coïncidence me troublait et me réchauffait aussi le cœur. Pas plus que nous, les enfants ne pouvaient traverser l’Atlantique et briser l’absence. Mais un poème l’avait fait et de surcroit, le jour où un vol d’oies m’avait surprise au crépuscule."

Attention, livre désirable ! « Le livre des nombres » de Florina Ilis

J’aime la respiration large des romanciers, j’aime leur obstination d’échafauder des cathédrales de papier solides, imposantes, insurpassables. Portée par un souffle de monumentalité - Le Livre des nombres de Florina Ilis a plus de 500 pages -, cette saga transylvaine s’ouvre sur des scènes d’une beauté ancestrale époustouflante. Soudain, un paysan veut tuer ses bœufs...

Distances rapprochées. L’écrivaine Ana Maria Sandu

"On a vu les cerises rougir et les figues pousser au-dessus d'une rue de Paris. Je pourrais me débrouiller à tout moment, et sans lumière, dans un appartement où je ne serais jamais entrée. Je parlerais tout bas avec le chat. Et je saurais où se trouve tel album photo, ou les verres de cocktail. Où est le vase qui me plaît. La télévision serait sur Arte et tout me semblerait tellement familier et tellement inconnu. Dans la solitude silencieuse du monde, un homme et une femme, totalement étrangers, ont développé une forme de rapprochement isolé."

Temps d’arrêt. La romancière Simona Sora

"Dans une Bucarest aux bibliothèques et librairies fermées j’ai lu tout ce que je n’avais pas lu de ma bibliothèque et ensuite j’ai commandé compulsivement (mais sélectivement) tous les livres dont j’avais un besoin vital. En même temps, j’ai essayé de parler avec de vieux amis de ce qui était en train de nous arriver. J’ai pourtant eu l’impression que nous étions comme dans le roman de Ludmila Oulitskaïa (sa deuxième partie), confinés sur des îles différentes, dans des bulles fermées, au-dessus des sables mouvantes..."

Temps d’arrêt. La romancière Alina Pavelescu

"Pendant le premier mois de confinement, les gens de la rue étaient presque les seuls êtres vivants que je croisais, à part quelques chats fugitifs et un ou deux chiens errants. Donc, si vous vous attendez à ce que je vous parle de mes aventures littéraires pendant le confinement, je suis désolée de vous décevoir. Ce qui a occupé mon esprit ces derniers mois c’est justement cette rage du faible. À réagir ainsi et surtout à l’avouer de la sorte, je n’agis peut-être pas en bonne et véritable esthète.... "

Le pogrom de Iassy dans un roman à l’humour cru : « Les Oxenberg et les Bernstein » de Cătălin Mihuleac.

Jean-Michel Bérard: "Les Oxenberg et les Bernstein est l'un des livres les plus forts que j'aie pu lire ces dernières années. De ceux qui vous marquent pour longtemps, sinon toute votre vie de lecteur. Je l'ai dévoré voici deux ans sous son titre d'origine, « America de peste pogrom » et l'ai redécouvert ces jours-ci dans l'excellente traduction de Marily Le Nir. L'ébranlement que j'en ai reçu est intact."

Temps d’arrêt. La romancière Ioana Pârvulescu

"Mais ce que je noterais en particulier dans un journal extime c’est un détail étrange qui me manque depuis des mois : les répétitions de mes voisins d’en face, du Conservatoire de Musique. Chaque matin, vers 7 heures et quart, les lumières s’allumaient dans cet édifice et les premiers étudiants de la journée commençaient leurs études. Ces sons ne m’ont jamais dérangée, au contraire, je ressentais une sorte de solidarité envers cet art qui demande tant de travail et je les admirais. J'éprouvais une sorte d'amitié acoustique qui maintenant me manque et me donne un petit sentiment de vide, de désert."

« La Ville aux acacias » de Mihail Sebastian : roman d’amour culte et légende littéraire

Dans le cocon ouaté d’une famille bourgeoise de la Roumanie des années 1920, Adriana Dunea s’éveille aux soubresauts de sa vie de jeune fille. L’indicible métamorphose se fait haute littérature sous la plume de l’écrivain roumain de culture juive Mihail Sebastian qui a publié "La ville aux acacias" à vingt-huit ans, en 1935. Un météore d’un talent fou, une légende en Roumanie. Traduit en français par Florica Courriol.

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