#Zoom sur CelebRo et click sur le Paris des Roumains. Entretien avec Maria Smaranda, l’initiatrice du projet

Sept jeunes « anonymes » développent à Paris l’application CelebRo, destinée à géolocaliser le patrimoine culturel roumain, trop peu connu, de la capitale française.

Savez-vous que … Sainte-Geneviève, la protectrice de Paris, est représentée à l’intérieur du Panthéon selon le modèle de Maria Cantacuzino, l’épouse du peintre Puvis de Chavannes? Quand vous allez passer devant le théâtre de l’Odéon, vous allez découvrir Jean Yonnel, professeur de diction du Général de Gaulle…

« Sur les relations franco-roumaines, il y a une couche de poussière si épaisse que nous ne voyons plus la pile d’or sur laquelle nous nous trouvons. » pensent ces jeunes enthousiastes, pour la plupart des Roumains dispersés dans le monde entier, regroupés par l’association Romanian IT. Ils ne cherchent pas la célébrité, ils n’ont même pas mis leur nom sur leur site et ils ont moins de 30 ans: bénévoles et géniaux, ils se sont mis tout simplement au travail.

Maria guide CelebRo

L’été dernier vous auriez pu rencontrer par exemple Maria Smaranda, en tant que guide des groupes de Français et de Roumains pour une promenade à travers le Paris … des Roumains. A titre bénévole, car le patriotisme se doit d’être gratuit, dit le refrain, et ceux qui partent ont le devoir de s’occuper de leur pays d’origine. Les sept « samouraïs » le font, ils s’occupent de l’image de la Roumanie à Paris, et ils ne sont même pas tous roumains!

« Nous venons de Roumanie, de Belgique et de Nigeria et nous avons tous des relations différentes avec la Roumanie. Nous sommes une belle équipe grâce à sa multidisciplinarité, dit Maria. J’ai étudié la philosophie et la gestion de projets culturels, Michiel a étudié l’histoire et les relations internationales, Valentin est le président de l’association Romanian IT, un réseau mondial d’ingénieurs roumains; Oana est le designer, celle qui a créé l’identité visuelle, Adrian et Andrei programment l’application et Ijai nous aide avec la communication. »

Qui pense que le bénévolat suffit, qu’ils n’ont pas besoin d’argent? Qui pense aux dizaines d’heures de documentation et d’édition nécessaires pour arriver à une telle encyclopédie numérique d’une simplicité magique: vous appuyez sur l’écran du téléphone et vous découvrez la route vers la Place de Fürstenberg, sur les traces de la célèbre photographie de Louis Monier avec Cioran, Eliade et Ionesco à Paris. Pensons juste aux coûts pour les droits d’auteur des photographies … et au savoir-faire, et aux compétences d’un IT-ist? et à l’idée elle-même? Ces jours-ci, les jeunes du CELEBRO lancent une campagne de crowdfunding. Trouvez-le ici: ulule.com/celebro

Dans la perspective de la saison Roumanie-France et du centenaire qui débute en automne 2018 avec de nombreuses institutions et budgets impliqués, ce que les jeunes du CelebRo font d’eux-mêmes c’est de l’or pur. Et puis « quelle est la définition d’un pays, sinon la somme des destins et des histoires qui le composent? »  Voici l’histoire des jeunes CelebRo, leurs noms affichés en clair :

« Sur les relations franco-roumaines, il y a une couche de poussière si épaisse que nous ne voyons plus la pile d’or en dessous ».  Entretien avec Maria Smaranda, l’initiatrice du projet.

Comment est née l’idée de CelebRo?

Maria Smaranda: Il y a trois ans, je suis arrivée à Paris en tant qu’étudiant. J’ai commencé à me rendre compte que, avant moi, de nombreux Roumains avaient vécu, étudié ou sont passés par cette ville. Et cette révélation, qui se renouvelle avec chaque découverte, me donne une perspective différente sur la relation franco-roumaine dont on parle souvent mais sur laquelle nous avons une idée assez vague.

En suivant les traces des Roumains à Paris, leur quotidien ou leur entourage, je pense qu’on peut imaginer plus facilement à quel niveau cette relation est profonde. Pendant mes études, j’habitais à côté de la place Benjamin Fondane et je voyais chaque jour la plaque sur laquelle il était inscrit qu’il avait été déporté à Auschwitz; un jour, un ami m’a dit qu’il s’agissait d’un poète et philosophe né à Iassy. L’été suivant, mes parents me rendirent visite et voulurent voir la maison de Monica Lovinescu, la voix de la résistance anti-communiste, avec une résonance particulière pour eux et leur génération. Ou la tombe de Brâncuşi du cimetière Montparnasse. Pendant ce temps, je faisais un stage en arts numériques et j’étais en contact avec des projets qui allient la technologie et l’art. Quand j’ai appris qu’il y avait une session de financement des projets de la diaspora, l’idée est venue immédiatement: géolocaliser le patrimoine culturel roumain de Paris. Le dossier de financement n’a pas encore été accepté, mais l’idée prend de plus en plus forme.

Concrètement, vous travaillez sur quoi?

Il s’agit de travailler sur quatre axes: la documentation, c’est-à-dire les textes, les images ou les films que nous allons utiliser, et les droits y afférents, ce qui est un vrai travail de détective. La partie technique consiste à concevoir, programmer la page web et l’application, et cette dernière en deux versions: Android et iOS. Pour le lancement, en mai, nous préparons l’application pour Android. La troisième partie concerne la promotion. D’une part, il s’agit de la communication, des relations publiques ou du développement de partenariats, et d’autre part, la promotion par des visites guidées que nous avons effectuées d’août à novembre en 2017. La dernière partie concerne la rédaction de demandes de financement publiques ou privés. En février, nous avons commencé une session de crowdfunding pour couvrir les coûts pour les droits d’image. L’application sera gratuite.

Qui êtes-vous, Valentin, Oana, Adrian, Andrei, Ijeoma, Michiel et Maria? Pourquoi voulez-vous rester anonyme?

Maria si Michiel (1)Maria Smaranda: Nous sommes une belle équipe grâce à sa multidisciplinarité. L’âge moyen est inférieur à 30 ans. J’ai étudié la philosophie et la gestion de projets culturels, Michiel Dejonckheere ( photo )a étudié l’histoire et les relations internationales, Valentin Maior est le président de l’association Romanian IT, un réseau mondial d’ingénieurs roumain, Oana Duşa est le designer, celle qui a créé l’identité visuelle, Andrei Raţ et Adrian Coman développent l’application et Ijeoma O’Soos nous aide avec la communication. Nous venons de Roumanie, de Belgique et de Nigeria et nous avons tous des relations différentes avec la Roumanie.

Nous ne voulons pas explicitement rester anonymes mais je pense que nous valorisons l’impact de ce projet plus que l’idée de propriété de notre travail. Le projet est né sur la base du volontariat, et je pense que l’équipe était avant tout attirée par l’objectif du projet: rendre visible une histoire de la Roumanie digne d’être mise en lumière.

Quelle est la « philosophie » qui vous motive dans ce projet?

Je pense que chacun a ses motivations mais nous partageons le désir de contribuer à la préservation et à la promotion du patrimoine culturel roumain et de certaines valeurs. Nous ne voulons pas idéaliser l’image de la Roumanie dans le monde, mais mettre à disposition certaines informations qui peuvent donner une perspective différente sur l’histoire et, enfin, sur le rôle de chacun. Quelle est la définition d’un pays si ce n’est la somme des destins et des histoires de vie qui le composent? Je pense que c’est ça notre contribution, nous transmettons des histoires qui valent la peine d’être transmises et qui peuvent provoquer un changement quelconque dans l’attitude des Roumains, des Français envers la Roumanie ou la France. Nous n’avons pas de slogans, nous voulons seulement provoquer une mobilité des idées, un dépassement des stéréotypes et une réflexion sur le sens de ces expressions: être patriote, faire partie de la diaspora ou même être Roumain. Si nous avons un devoir, je pense que c’est celui de méditer sur la signification de ces concepts et de ne pas prendre leurs significations pour acquises.

A part les heures de travail investies, de quoi avez-vous besoin afin que votre projet réussisse? Qui peut vous aider? Qui ne vous aide pas?

Nous avons besoin d’une bonne promotion en France comme en Roumanie car, d’une part, nous voulons toucher les Roumains qui visitent la France et d’autre part, les Roumains et les Français à Paris. Nous aimerions plus de soutien de la part des institutions publiques des deux pays. Nous avons le soutien de l’Ambassade de Roumanie à Paris et de Jean-Yves Conrad, l’auteur du livre «Roumanie, capitale… Paris», notre principale source d’information. Je crois que le projet réussira quand un dialogue et un programme culturel structuré seront créés afin de mettre en lumière la vie des Roumains moins connus ou ceux déjà célèbres.

Quel est le calendrier? Quand pourrons-nous cliquer sur l’application?

En Février, le mois de Brâncusi, nous avons lancé une campagne de crowdfunding pour couvrir les coûts des droits d’auteur pour les photos. Quand il commence à faire chaud, en Mars-Avril, nous allons reprendre les visites guidées à Paris. L’application sera lancée cette année autour du 9 mai car c’est un jour qui marque, entre autres, le Jour de l’Indépendance pour la Roumanie et la Journée de l’Europe. Nous avons déjà un site qui s’appelle www.celebroapp.com où on montre un aperçu de l’application et on regroupe les informations sur le projet.

Quelles sont les trois informations les plus surprenantes que tu as trouvées lors de tes recherches pour ce projet?

La place de la Sorbonne rappelle l’aventure des ‘quarante-huitards’ ou ‘les pasoptisti’, l’association et la bibliothèque qu’ils ont fondées à travers lesquelles ils ont promu les idées révolutionnaires concernant les Pays Roumains. Elle rappelle les frères Brătianu, le grand révolutionnaire Nicolae Bălcescu, C. A. Rosetti mais aussi Iulia Haşdeu, Nicolae Paulescu, dont le nom est lié à l’insuline ou Ştefania Mărăcineanu avec d’importantes découvertes dans le domaine de la radioactivité.

J’ai été surprise de découvrir l’histoire de Georges de Bellio ou Gheorghe Bellu, qui fut parmi les premiers adeptes de l’impressionnisme et, en particulier, de Monet. La dernière découverte concerne Remus Radina, un véritable exemple de résistance anticommuniste. Après avoir traversé les plus terribles prisons, en faisant la grève systématiquement au nom du respect des droits de l’homme et de la liberté, il arrive en France avec l’aide du président français Giscard D’Estaing, où il prend soin de la mémoire des soldats roumains et des héros anticommunistes.

Quel regard pose-t-on sur toi, ici à Paris, en tant que Roumaine / Européenne?

En général, je me sens comme tout étranger en France, avec les problèmes spécifiques d’intégration. Mais il y a une image négative qui entre en jeu et je vois, chaque jour, des Roumains et des Romas dans la rue ou dans le métro en train de demander de l’argent, en plus des ghettos des banlieues. Je ne sens pas une hostilité de la part des Français, mais il est clair qu’il y a une épine dans le pied et il est de notre devoir de s’en occuper. J’ai rencontré des initiatives françaises qui tentent d’améliorer leur situation, mais pas encore des initiatives des Roumains. D’autre part, je découvre ce trésor dans les relations franco-roumaines et je trouve qu’il y a maintenant une couche de poussière si épaisse qu’on ne voit plus la pile d’or qu’elle recouvre. Ce n’est pas seulement à cause de l’image négative de la dernière décennie mais aussi à cause de la chute dans l’oubli, une sorte de négligence. Je pense que c’est dans notre avantage de commencer à révéler, à comprendre et à enrichir la pile d’or, sans exagération ni emphase.

Propos recueillis par Cristina Hermeziu. L’entretien a été précédemment publié sur Adevarul.

Traduction en français par Maria Smaranda.

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