#morceauxchoisis Un texte essentiel, traduit en français: le roman « Ion » de Liviu Rebreanu

Un chef-d’œuvre de la littérature roumaine dans la langue de Zola : le roman réaliste « Ion » de Liviu Rebreanu vient d’être publié par les éditions Non Lieu, dans la traduction de Jean-Louis Courriol.

Couverture Ion Non Lieu

Le Livre

En 1920 paraît Ion, roman de Rebreanu, en deux volumes massifs. La critique est enthousiaste. Avec ce chef-d’œuvre de Rebreanu, le roman roumain est né et une voie s’est ouverte dans laquelle s’engageront bon nombre d’écrivains de talent, dont aucun cependant n’a réussi jusqu’à ce jour à éclipser ce Zola, sinon ce Tolstoï, de la Roumanie moderne.

L’action se situe avant-guerre, dans le petit village de Pripas et aussi, de temps à autre, dans la petite ville d’Amaridia. Le héros, Ion Pop al Glanetasului, né dans une famille très pauvre, a une véritable passion pour la terre. Il est attiré par Ana, la fille du riche Vasile Baciu mais, bien entendu, celui-ci ne veut pas entendre parler de Ion comme gendre éventuel. Alors, afin de lui forcer la main et d’obtenir et la fille et sa fortune, Ion compromet Ana. Il atteint son but et la jeune fille tombe réellement amoureuse de lui. Et pourtant, Ion n’est pas satisfait…

Roman réaliste, Ion illustre le conflit engendré par la lutte acharnée pour la terre dans un monde où le statut social de l’homme est déterminé par la richesse foncière qu’il possède. Le personnage central du livre, Ion, est une figure représentative de la mentalité paysanne à une époque donnée, celle du passage de la féodalité à la modernité.

Liviu Rebreanu

L’auteur

Liviu Rebreanu (1885-1944) était un journaliste, dramaturge et romancier roumain. il est considéré comme le père du roman moderne roumain. Ion, premier roman moderne roumain, reçoit le prix de l’Académie roumaine, dont Rebreanu devient membre en 1939.

Une première traduction française avait paru en 1945, chez Plon. Du même auteur, Jean-Louis Courriol a publié les traductions de La Fôret des pendus (Zoé, 2006) et Adam et Ève (Cambourakis, 2015).

Le traducteur

Jean Louis Courriol: „Loin de n’être qu’un simple roman réaliste aux couleurs parfois très sombres et crues, le premier roman de Liviu Rebreanu, précédé de puissantes nouvelles qui en ont préparé l’avènement, est en fait sa première tentative – suivie de beaucoup d’autres, de plus en plus réussies – pour élever la trame romanesque de la simple narration factuelle au rang de l’expression en acte d’une vision du monde subtile et profonde.

En réalité, ION est le premier poème romanesque roumain. Aussi étrange que puisse sembler cette affirmation, elle est sûrement l’explication primordiale de sa séduction et de son succès. L’ouverture – au sens symphonique du terme – se suffirait presque à elle-même, le déroulement narratif qui la suit serait presque superflu lorsqu’on a lu cet hymne de joie et de tristesse qui en est le premier poème, suivi de beaucoup d’autres, disséminés dans le cours du texte, et qu’il faut traduire comme tels :

 De la grand-route qui s’en vient de Cârlibaba, en longeant le Somesh tantôt sur la droite tantôt sur la gauche jusqu’à Cluj et même encore plus loin, se détache un chemin blanc au-dessus d’Armadia, il franchit la rivière sur le vieux pont de bois couvert de bardeaux tout moisis, coupe en deux le village de Jidovitsa et court vers Bistritsa pour aller se perdre dans l’autre route nationale descendant de Bucovine par le col du Bârgau.

 En quittant Jidovitsa, le chemin grimpe d’abord péniblement, le temps de se frayer un passage entre les collines resserrées, mais il s’élance ensuite, lisse et joyeux, pour aller s’embusquer un moment sous les jeunes hêtres de la Forêt-Domaniale, souffler un peu à la Fontaine-du-Mort où coule depuis toujours l’eau fraîche d’une source, après quoi il vire brusquement sous le Tertre-du-Diable pour faire irruption dans Pripas, tapi au cœur d’un entrecroisement de coteaux.

 Aux abords du village, vous accueille une croix tordue sur laquelle est crucifié un Christ au visage délavé par les pluies, aux pieds duquel pend une couronne de fleurs fanées. Il souffle une brise légère et le Christ frissonne pitoyablement de tout son corps de tôle rouillée sur le bois rongé par les vers et noirci par le temps.

 Le village est comme mort. La touffeur qui flotte dans l’air tisse un silence suffocant. C’est à peine si, de temps en temps, les feuilles assoupies dans les arbres bruissent nonchalamment. Une volute de fumée bleuâtre peine à s’élever entre les branches, elle titube comme un colosse éméché avant de s’abattre sur les jardins poussiéreux qu’elle enveloppe d’un voile de brume grisâtre.

 

 

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