#RentréeLittéraire Magda Cârneci, FEM : les charmes d’une Schéhérazade… (méta)physique

Magda Cârneci, FEM, éditions Non Lieu, traduit du roumain par Florica Courriol, 2018. Illustration de couverture : Dan Stanciu.

FEM

 

Le livre Une Schéhérazade contemporaine raconte à son amant les frémissements infinis de sa vie de femme(s), les étincelles charnelles et les sursauts de sa conscience. Une prose visionnaire innervée par une électricité érotique et par un souffle métaphysique.

 

 

M. Carneci 2016 - foto R. Trestioreanu

L’auteur  Magda Cârneci est une poète, essayiste, et historienne d’art née en Roumanie. Elle appartient à la fameuse « génération des années 1980 » de la littérature roumaine, dont elle fut l’une des théoriciennes. En 2017 les éditions Cartea Româneasca ont rassemblé toute l’œuvre poétique de Magda Cârneci en un beau volume de près de 300 pages.

Magda titluri

En français, elle a publié les recueils Psaume (Les Ecrits des forges, 1997), Trois saisons poétiques (Phi, 2008) et Chaosmos (Editions de Corlevour, 2013, traduits par Linda Maria Baros). Synthétisée dans un mot-valise – chaosmos -, la force visionnaire de sa poésie vient du mariage explosif du concret brutal et de l’abstrait immatériel, de la mise en commun du sensuel cru et du spirituel aérien, du terrestre et du cosmique.

Magda Cârneci est aussi, à côté de Michel Carassou, la fondatrice du Prix de littérature francophone Benjamin Fondane en 2006.

Le mot du traducteur

Florica Courriol : « On lira donc ici la radiographie de la femme depuis les premiers émois de l’adolescence (et les manifestations physiologiques qui vont avec) où les sentiments se développent de manière chaotique, où le corps est dans un entre-deux androgyne, jusqu’à la plénitude sensorielle, sans tabous et sans faux-semblants, dans une profonde compréhension et une totale acceptation de soi – se glissant, à cet effet, jusque dans le corps de l’autre, de l’homme… Et gare au traducteur dont la vigilance faiblirait se laissant emporter par le tourbillon féminin, sans remarquer qu’Elle a pris la place (et les attributs !) de Lui et que les adjectifs doivent changer de genre !

L’emploi des italiques n’est pas anodin, il délimite l’interpellation de l’amant (générique), un mon chéri ironique ou tendre, des moments où la Shéhérazade raconte, faisant souvent appel à des surprenantes métaphores. À remarquer aussi, en plus des multiples cailloux semés à travers les pages du récit, la dédicace d’une époustouflante cohérence avec ce texte conceptuel et charnel à la fois : Pour la première jeunesse, l’impérissable. Ou cette remarque-confession, au cas où on la prendrait pour une illuminée : de temps en temps, je suis assaillie par d’étranges images, chargées d’une énergie excessive, des visions qui semblent monter de profondeurs inconnues de mon être, ou venir de très haut, d’un ciel de l’intérieur de l’esprit ou de plus loin encore. Ces images parlent une autre langue que la nôtre qui est articulée, avec consonnes et voyelles, assujettie à la ponctuation et à une certaine logique – explication qui pourrait être aussi celle du faire poétique, les nombreuses occurrences de passages de cette nature dans le texte de Magda Cârneci autorisant à l’interpréter comme une « ars-poetica » :  Mon être est un mystère et en même temps un outil, il est à la fois le chercheur et l’objet même de l’épreuve, je dois me débrouiller avec lui et payer mon avancée avec lui. Et son avancée est semée « d’oublis et de signes trompeurs, entrecoupée de longues pauses et de retours en arrière, parce que les signes ne sont pas clairs, les essais peu probants, leur décryptage trop subtil malgré leur apparente insignifiance de rébus d’images pulsatiles, fascinantes et changeantes. »

Nous ne conclurons pas ces quelques remarques de premier lecteur du texte, attentif à le transposer en français, sans souligner l’éventail chromatique des descriptions – qu’elles soient du domaine du concret prosaïque ou du domaine métaphorique : Moi, je déploierai mes ailes en soie bleue, rayée de fines veinules dorées, ornées d’un œil noir et blanc comme celui du plumage des paons, je secouerai la poussière des antennes, des pieds et de tous les autres appareils du bord, je brûlerai mon cocon et ma chrysalide, les corps antérieurs, les étapes, les étages et je décollerai de ce monde, je volerai, je bondirai jusqu’aux étoiles

Tout comme la richesse des épithètes dans la langue d’origine, la langue source, en occurrence le roumain, qui bénéficie de l’existence des doublets (mots du fonds roman qui coexistent à côté des emprunts slaves ressentis comme anciens voire –parfois – livresques et, par conséquent, réservés le plus souvent à la poésie, (timp/vreme en est l’exemple le plus fréquent pour exprimer « le temps ») ou encore la liberté de créer, d’imaginer des termes que le français pénalise comme inexistants dans les dictionnaires : nous pensons ici à l’adjectif dez-limitat, récurrent sous la plume de Magda Cârneci qui est et n’est pas illimité qui s’approche de l’infini mais reste une création dans la langue source. Ailleurs, sur le modèle de « vision » l’auteure crée audision que nous avons gardé. De manière générale, ce qui est permis à tout auteur l’est moins à un traducteur, l’épreuve de l’étranger sied bien à l’écrivain (même ou d’autant plus !) étranger, mais est mal perçu chez le traducteur. Nous avons essayé d’être le plus fidèle possible à ce texte poétique qui de par sa nature demande à être abordé sans arrière-pensées. Gageons que cette lecture plonge dans une réflexion sans limites !”

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