Une randonnée exploratrice à Iași

Friand d’histoires culturelles prises sur le vif, érudit et nonchalant, Jan H. Mysjkin, poète et traducteur du français, du néerlandais et du roumain, pourrait se faire guide auprès de tout voyageur et amoureux de littérature qui arriverait un jour à Iași, grande ville universitaire située au Nord-Est de la Roumanie, capitale historique de la région de la Moldavie.

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Le recueil « Les musées littéraires de Iași » que l’auteur signe pour la maison d’édition Editura Muzeelor literare en 2019 porte bien son sous-titre : voyage inédit dans le temps et dans l’espace à travers l’histoire de la littérature roumaine, plus spécialement de la Moldavie et de ses maisons-mémorial, l’ouvrage est bel et bien « une randonnée exploratrice ».

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« Chaque maison-mémorial ressemble à une capsule où le temps s’est arrêté, de façon que nous ne nous fassions pas seulement une idée de l’auteur, mais aussi de la période dans laquelle il a vécu. Ainsi la soi-disant « bojdeucă » (cabane) de Creangă, qui date d’avant 1850, la plus ancienne maison-mémorial de la Roumanie, donne par la construction, le mobilier, la décoration et les objets du quotidien une idée de la vie des gens simples de la seconde moitié du dix-neuvième siècle ; l’hôtel particulier où se perpétue Mihai Codreanu (…) offre en revanche une image de la bourgeoisie aisée de l’entre-deux guerres. » (p. 10)

Arpenteur infatigable au verbe haut en couleur, Jan H. Mysjkin ne rate aucune des dix maisons d’écrivains de la région, autant d’escales à travers l’histoire de la littérature roumaine qui offrent également l’occasion de faire quelques instantanés pince-sans-rire, pris dans le quotidien des musées et de la ville de nos jours.

Pour le XIXe, on passe des fondateurs Costache Negruzzi et Vasile Alecsandri à deux grands écrivains canoniques, le dernier poète romantique de l’Europe Mihai Eminescu et l’écrivain populaire Ion Creangă – qui forment d’ailleurs un couple mythique d’amis. On rend visite à Mihail Sadoveanu (1880-1961), prosateur à la plume envoutante, et on appréhende mieux l’âme de la ville avec Mihail Codreanu (1876-1957) qui a écrit uniquement des sonnets, ou encore avec George Topîrceanu (1886- 1937), célèbre bohème et auteur de Ballades joyeuses et avec sa bien-aimée Otilia Cazimir (1894-1967), surnommée « la poétesse des âmes simples ». Un panorama des deux derniers siècles d’histoire et de littérature roumaine s’étale dans la « Casa Pogor » (La Maison Pogor), siège central des musées littéraires de Iași, célèbre lieu du cercle Junimea, véritable institution culturelle fondée en 1863 par Maiorescu et Negruzzi, fréquentée par les intellectuelles et les écrivains de l’époque – dont Eminescu et Creangă – qui ont forgé la langue roumaine, donné une base à la littérature et à l’enseignement roumains. Le coup de cœur de l’auteur semble être le musée Dosoftei (1624-1693), avec ses manuscrits et incunables du XIVè au XVIIIè siècle.

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Malicieux et poète à souhait, Jan H. Mysjkin se plait à nous livrer quantité d’anecdotes et autres détails, d’hier ou d’aujourd’hui, qui font mouche. Les Musées littéraires de Iași. Une randonnée exploratrice a le charme intime d’un journal de voyage, le sérieux d’un traité d’histoire littéraire et la vivacité d’un reportage géopoétique.

« A environ cinquante pas du musée se trouve dans le parc Copou le tricentenaire « Teiul lui Eminescu » (Le Tilleul d’Eminescu). Durant les années qu’il vécut à Iași, il s’attardait volontiers sous cet arbre pour y chercher l’ombre et l’inspiration et y rencontrer ses amis. Le jour où Eminescu est parti pour Bucarest, l’arbre reçut son surnom qui a survécu jusqu’à ce jour (l’arbre n’a pas droit à la retraite). Aucune main humaine n’osera offenser cette légende – si jamais l’arbre disparait, ce sera par des forces naturelles, comme le célèbre Arbre d’Anne Franck qui fut renversé par un ouragan, le 23 aout 2010. En 1950, le Tilleul d’Eminescu eut aussi à souffrir d’une féroce bourrasque de grêle. Aujourd’hui, le tronc est maintenu par deux cercles de fer et de béquilles doivent soutenir les branches. Mais en dépit (ou à cause) de ces dispositifs orthopédiques, le Tilleul d’Eminescu est de nouveau en pleine floraison en ce beau mois de mai 2016. » (p.56)

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Fin connaisseur de la ville et de l’histoire de Iași, où il s’est documenté pour le roman Eugenia, l’écrivain Lionel Duroy a présenté chaleureusement l’ouvrage écrit par Jan H. Mysjkin lors de la dernière édition du Salon du livre des Balkans, qui s’est tenu à Paris le 12 et le 13 avril 2019.

Pétillant d’esprit, gorgé d’informations, parsemé de morceaux choisis – extraits des œuvres des écrivains évoqués, inédits en français, ce petit recueil de promenades littéraires devrait être cité par tout guide touristique ou culturel qui s’attarde sur la Roumanie et sa région presque mythique, la Moldavie. Ou mieux, les remplacer tout court. Une merveille !

Cristina Hermeziu

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