Vive la France! Et vive…Iași! Entretien avec Vincent Lorenzini, directeur de l’Institut Français de Iași

Cette année la viMichèela Ramis Vincent Lorenzinille de Iași – centre universitaire et culturel au Nord-Est de la Roumanie – a dit la première Vive la France ! Son Excellence Michèle Ramis, Ambassadrice de France en Roumanie, et Vincent Lorenzini, directeur de l’Institut Français de Iași (photo), ont accueilli à Palas, lors d’une élégante cérémonie, les nombreux amis de la culture française, heureux de fêter – francophonie oblige – le 14 juillet en avant-première.

Pour célébrer la Fête Nationale de la France, Zoom France Roumanie vous invite à découvrir le portrait d’un Français qui se plaît à Iași, a appris la langue de…Ion Creangă, aime la cuisine roumaine et les jolies maisonnettes de Țicău. Au menu –  la francophonie et la Saison France-Roumanie aussi, et encore d’autres découvertes qui nourrissent le dialogue historique entre les deux pays, bien vivant de nos jours. Vincent Lorenzini, Entretien. 

Zoom France Roumanie : Vous êtes directeur de l’Institut Français de Iași depuis trois ans. Cette mission culturelle vous a-t-elle procuré des joies, vous a-t-elle posé des défis?

Vincent Lorenzini : Il s’agissait de mon premier poste en tant que directeur d’établissement culturel, c’était donc en effet un défi considérable. La particularité du réseau culturel français en Roumanie est l’existence de quatre instituts français et de quatre Alliances françaises. Je n’étais donc pas tout seul pour diriger l’Institut français de Iași, une partie de la coordination étant pilotée depuis Bucarest. J’ai eu la chance d’être dans une ville dynamique et une région francophile, entouré d’une équipe compétente.

Un point positif de ma mission est d’avoir pu travailler en partenariat avec les institutions locales et des établissements culturels et scolaires très demandeurs de coopération. L’Institut français de Iași travaille depuis plusieurs années avec 14 établissements scolaires partenaires situés dans 9 villes de l’Est de la Roumanie, ce qui est aussi une manière de promouvoir la Francophonie.

Vous vous rappelez votre première visite à Iași ? Qu’est-ce qui vous a frappé le plus à l’époque ?

rptozMa première visite à Iași remonte à 1990. J’étais étudiant à Strasbourg, j’apprenais le roumain depuis quelques mois et je voulais absolument aller en Roumanie, tout juste libérée du communisme. Avec deux autres étudiants français, nous avons pris le train depuis Strasbourg et sommes arrivés à Bucarest après un très long voyage. Notre professeur de roumain nous avait aidés à préparer ce voyage, elle nous avait donné des contacts dans plusieurs villes de Roumanie. À Iași nous n’étions restés qu’une journée et je n’ai plus vraiment de souvenirs de mon passage dans cette ville. J’étais reparti de ce premier séjour en Roumanie avec une impression générale assez contrastée. J’avais été touché par l’hospitalité roumaine mais j’avais trouvé le pays plutôt triste : aucun éclairage public la nuit, des magasins vides, pas d’eau chaude dans les maisons, des chantiers partout…

Mon arrivée à Iași en septembre 2016 a été une redécouverte. Dès le début je me suis senti à l’aise dans cette ville et j’ai passé beaucoup de temps à la sillonner à pied. J’ai été frappé par la beauté de certains bâtiments, malheureusement quelquefois situés à côtés d’immeubles sans aucun charme.

Quel regard portez-vous sur la société roumaine d’aujourd’hui ? 

 Une société résolument européenne, très attachée à sa culture et ses traditions, avec un sens de l’hospitalité exemplaire.

La ville de Iași est réputée pour être… francophone et francophile. Est-ce que c’est toujours le cas de nos jours ou ne serait-ce qu’un mythe? Qu’aurait à dire la Roumanie dans le concert des pays francophones aujourd’hui? Et Iași? 

Je confirme que Iași est une ville francophone et francophile, tout comme d’ailleurs la Moldavie dans son ensemble. Dès mon arrivée, j’ai été impressionné par le nombre de francophones, et par leur bon niveau de français. C’est vrai que la génération d’après 1989 est moins francophone, mais le français est toujours bien présent ici et le nombre d’enfants qui fréquentent l’Institut français est en augmentation depuis quelques années. Chaque année pour célébrer la francophonie, l’Université Cuza organise un grand colloque de littérature entièrement en français et cela me réjouit.

La France et la Roumanie ont des liens historiques forts, et à Iași cela est bien visible : le Général Berthelot et la mission qu’il a conduite de 1916 à 1918 ont profondément marqué la ville. On peut encore voir aujourd’hui le buste du général Berthelot à côté du chêne qu’il a planté, la maison où il a séjourné, une rue porte son nom, le cimetière Eternitate possède un caveau militaire français, etc. Je pense que cet épisode de l’histoire a eu un impact positif dans la conscience des Roumains et a contribué à l’essor de la francophonie en Moldavie.

Les Roumains sont historiquement fascinés par l’esprit de la France, par la culture et la civilisation françaises. Y a-t-il encore des choses à faire aujourd’hui pour nourrir le dialogue entre les deux pays et le rendre plus actuel ? Dans quels domaines ?

Oui, et c’était justement l’objectif de la Saison croisée France-Roumanie : porter un regard nouveau sur nos pays respectifs, casser les clichés habituels, montrer la jeune création et le dynamisme de nos pays.

Les projets qui vous tiennent à cœur au terme de votre mission ? La Saison France Roumanie est-elle arrivée à Iași aussi ? De quelle manière ?

oznorÀ Iași 12 événements labellisés « Saison France-Roumanie » ont été présentés. Ils couvraient des domaines multiples, comme les arts plastiques et les arts visuels, la chanson française, le cinéma, le débat d’idées, les études universitaires, les jeux électroniques, la musique classique, la philosophie, la photographie et le théâtre. La plupart de ces projets ont touché le jeune public qui représente l’avenir de la Francophonie en Roumanie.

Ces événements ont impliqué pas moins de 16 partenaires : outre l’Institut français, 5 établissements culturels (Bibliothèque centrale universitaire, Philharmonie Moldova de Iasi, Théâtre Ateneu, Théâtre Fix, Théâtre Luceafărul), 4 établissements scolaires (Collège national Garabet Ibrăileanu, Collège national Mihai Eminescu, Lycée théorique Vasile Alecsandri, Collège national d’Art Octav Băncilă), 2 universités (Université Alexandru Ioan Cuza, Université des Arts George Enescu), la Galerie Victoria de Iași, le Jardin botanique de Iași, l’Union des Artistes, le Conseil départemental de Bacău et la Mairie de Iași.

Vous avez appris le roumain, vous parlez, vous lisez… Pourquoi ce défi ? Quelle surprise avez-vous trouvé dans l’apprentissage de cette langue ? (…latine, mais pas que) ?

 Je crois qu’on ne peut pas vivre dans un pays étranger sans en apprendre la langue, ou au moins les bases indispensables. Au-delà de l’enrichissement personnel qu’apporte la connaissance d’une langue étrangère, c’est une question d’intégration et d’épanouissement, et une marque de respect pour le pays d’accueil.

La langue roumaine est fascinante à bien des égards. C’est certes une langue latine, mais avec des spécificités lexicales et grammaticales très intéressantes. Elle reflète en quelque sorte assez bien l’histoire du pays : le vocabulaire et la grammaire sont dans leur ensemble hérités du latin mais les influences étrangères, surtout slaves, sont bien présentes. La syntaxe du roumain a aussi plusieurs points communs avec d’autres langues balkaniques (bulgare, grec, albanais, serbe), ce qui le rend très singulier parmi les langues latines.

Quels seraient d’après vous les clichés les plus tenaces autour des Roumains ? et les qualités… insoupçonnées ?

En France, les clichés liés aux Roumains sont malheureusement souvent négatifs. Ils sont dus à des préjugés et sont véhiculés par des personnes qui n’ont souvent jamais mis les pieds en Roumanie. Heureusement, ça commence à changer car les Français sont de plus en plus nombreux à venir visiter la Roumanie et forcément leur regard change. Je crois que les Roumains et les Français ont un point commun indéniable : le plaisir de la table et les repas qui s’éternisent.

Quel visage a votre Iași à vous ? (On vit comment à Iași ? Avez-vous un quartier, une rue, un coin préféré(e)?)

Iași est une ville agréable, ni trop grande, ni trop petite, avec beaucoup d’espaces verts. J’aime beaucoup le jardin botanique et le parc Copou. J’aime aussi le quartier de Țicău où on peut encore voir de très jolies maisons. J’aime aussi le climat continental très marqué, même si les hivers sont un peu trop longs.

Votre prochain projet ?

Ma mission se termine bientôt. Je rentre à Paris où je vais réintégrer le Ministère de la Culture, après huit années passées dans le réseau culturel français à l’étranger.

Iași vu par Vincent Lorenzini :

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Petit questionnaire de Proust :

Le plat roumain préféré ?

La ciorbă rădăuțeană.

Le plat français préféré ?

Impossible de n’en citer qu’un. Je préfère la cuisine italienne !

– L’écrivain roumain qui vous parle? Un auteur français qui se trouve sur votre table de chevet?

J’ai découvert plusieurs auteurs roumains que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire en roumain, même si c’était quelquefois un peu difficile : Ion Creangă, Panait Istrati, Lucian Boia, Dan Lungu, Teleșpan (son unique roman Le cimetière est un régal, j’espère qu’il sera traduit en français)… Concernant les auteurs français, je n’ai pas d’écrivain préféré. Pendant mon séjour à Iași j’ai découvert trois romans français qui m’ont énormément plu : La langue maternelle de Vassilis Alexakis, Les champs d’honneur de Jean Rouaud (auteur découvert grâce au FILIT !), Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu.

La blague roumaine la plus drôle ?

Je n’en connais pas ou alors je ne m’en souviens pas. Je ne retiens jamais les blagues.

Trois raisons pour lesquelles vous reviendriez à Iasi…

1) Iași est aussi devenue ma ville, 2) je m’y suis fait des amis, 3) c’est un bon point de départ pour visiter tout l’est de la Roumanie, mais aussi la République de Moldavie où je suis allé souvent et que j’aime beaucoup.

Trois raisons pour lesquelles vous fuiriez Iasi…

Je n’en vois pas. S’il faut citer un point négatif, c’est le volume sonore dans les cafés et les restaurants, souvent insupportable.

– Trois raisons pour lesquelles la France reste unique au monde…

Chaque pays est unique. Peut-être l’offre culturelle inépuisable, surtout quand on vit à Paris, et aussi la variété de la cuisine française. Mais la Roumanie est tout aussi unique !

Un mot en roumain ?

Îmi pare rău că trebuie să plec din Iași. Doresc României succes deplin!

Propos recueillis par Cristina Hermeziu, le 12 juillet 2019

 

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