Radu Bata, Le blues roumain. Une anthologie insolite de poésies roumaines.

Radu Bata, poète et traducteur, a osé le dire et son hérésie est splendide : « il n’y a pas de hiérarchie dans la poésie ; il n’y a que l’émotion et le plaisir. »dav

57 de poètes roumains et leurs 100 poèmes, toutes époques confondues, se retrouvent ensemble, dans un kaléidoscope poétiquement jubilatoire qui porte bien son nom : Le blues roumain. Anthologie imprévue de poésies roumaines, dans la traduction « inopinée » de Radu Bata, publiée par les éditions Unicité.

Le maître de cérémonie ose tout : lorsque des poèmes divers traversent son feed sur les réseaux sociaux, notre poète sort son filet à papillons et attrape ici « des flocons d’espoir », là « des moucherons ivres d’amour » ou autres « refrains d’acier » – ingrédients lyriques et ludiques qu’il verse dans son alambic à lui pour en soutirer un cocktail bien original. Parfois acidulé et frais, d’autres fois élégiaque et mélancolique, ou encore surréaliste, impressionniste (selon l’univers, l’esthétique ou l’époque du poète pris au piège de la sensibilité du traducteur), ce recueil de poésies roumaines est un patchwork contrasté aux tons vivifiants, à l’image de l’exceptionnel souffle poétique qui caractérise la Roumanie littéraire de tous les temps.

C’est presqu’un manifeste littéraire lorsque des poètes consacrés, d’avant-hier ou d’hier (Mihai Eminescu, Ion Minulescu, Nichita Stănescu, Mihai Ursachi, Emil Brumaru, etc.) côtoient les fleurons des générations confirmées ces deux-trois dernières décennies (entre autres, Nora Iuga, Mircea Cărtărescu, Mariana Codruț, Ion Mureșan, Robert Șerban, Claudiu Komartin) sans oublier des primo-arrivants sur la scène de la poésie – tous ensemble validés par les avertissements espiègles du mode d’emploi : « à vos risques et périls, la beauté des images peut être contagieuse. »

Certes, pour naviguer mieux à bord de cet objet insolite et décalé, on aurait aimé pouvoir se repérer dans le temps, par exemple à travers l’indication de l’année de naissance de chaque auteur, mais la plongée inopinée dans l’état poétique pur, d’extraction roumaine, perdrait sans doute de son charme radical.

De fait, on n’a pas le choix et on n’a pas tort : bercés par la couverture signée par Iulia Schiopu, le cœur bluffé, au fil des pages, par tant d’émotions inattendues ou des sourires irrésistibles, émus par des images fortes, à couper le souffle, on fait totalement confiance à Radu Bata dont l’instinct littéraire et la sensibilité poétique sont devenus une véritable marque de fabrique entre la Seine et le Danube.

Zoom sur la page 103, un petit texte de Nora Iuga :

et si l’on voyait mes moitiés 

« et Bernard Pivot me demandait

quel est le plus beau mot

j’avais envie de dire mirage

mais j’avais honte

car on allait voir mes moitiés

 

dans la glace une femme permanente

voit une femme provisoire

« quel buste elle avait

avec ses tétons

elle aurait pu jouer du piano »

 

Zoom sur la page 39, un quatrain d’Octavian Soviany :

Postlude

Il nous reste la tristesse, ténue comme une bruine,

Dans les paumes ouvertes, sur la bouche, la poitrine,

Et le sang qui fuit vers la mort, aérien.

En dessous c’est le rien. Dessus, toujours rien.

 

Rédigé par Cristina Hermeziu

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