Temps d’arrêt. George Bodocan BODO

Confinement. La porte s’est fermée, brusquement. Parenthèse enchantée ou prison, peuplée d’angoisses ? Comment accéder à la signification de ce que nous avons ressenti pendant cette période étrange ?

Pour mettre en récit ce temps d’arrêt imposé par la pandémie, pour penser/panser la crise, individuelle et collective, Zoom France Roumanie donne la parole aux écrivains et aux artistes. Ce sont eux – créateurs de tous bords – les sismographes les plus subtils et les plus sensibles de nos temps si fragiles.

L’invité de cette édition est George Bodocan BODO*, artiste visuel.

BODO : Journal de confinement

J’ai commencé 2020 avec une grande envie de vivre encore plus que jamais et avec deux voyages mémorables. 

De l’Italie et ces musées florentins je suis parti dans le sud du Maroc, entre l’océan et le désert.

À mon retour en France, imprégné et bien inspiré par tout ce que j’avais vu et vécu, j’ai passé beaucoup de temps dans mon atelier. Des contrats et des projets très intéressants ont commencé à affluer : mon premier voyage à New York qui devait avoir lieu en mai, un autre travail sur la restauration d’une œuvre de Jean Dubuffet près de Paris, et en préparation une exposition personnelle à Paris à la rentrée.

À vrai dire, tout semblait aller pour le mieux. C’est vrai que, parfois, quand tout va dans le bon sens, il y a une petite pensée méchante qui s’insinue et qui dit, quelque chose de mal va arriver… 

L’annonce du confinement a été un choc : je devais donc me couper du monde. Pourtant, je suis resté optimiste. Et pour cause : j’avais décrété 2020 l’année de l’amour…

Les premiers jours du confinement, j’ai implanté dans mon jardin une seule œuvre, à ciel ouvert. Il s’agit d’une installation, détournement d’un ancien ballon d’eau qui annonce une rupture mais aussi une promesse. 

BODO – « Ensemble, demain!« 

Me voilà pris par l’anxiété.

Je me suis empressé à communiquer online avec des dizaines d’amis partout dans le monde. Anciens amis ou bien des copains, eux-mêmes confinés, eux-mêmes seuls quelque part.   

Chaque soir je regardais le nombre des décès aux infos.

Un jour j’ai arrêté, je ne voulais plus vivre dans l’angoisse.

Je suis quelqu’un de très sociable et mon art est inspiré par la rencontre, par l’interaction humaine. 

Si Brancusi disait qu’il n’avait pas sculpté l’oiseau, mais son envol, moi je pense que je ne dessine pas des humains, mais leur rencontre

Vivre une telle situation – l’interdiction des rapports humains – a été pour moi un véritable blocage créatif. Je n’arrivais plus à entrer dans mon atelier. 

Après une courte période de lamentations, j’ai commencé à faire les seules choses qui pourraient détourner mon attention de cette crise : profiter du soleil, faire des promenades aux alentours, bricoler dans la maison.

J’ai aménagé mon potager, j’ai fait du sport. Au bout de trois semaines, vu le prolongement du confinement, j’ai commencé, à l’aide d’un ami lointain, à travailler sur un projet laissé de côté depuis longtemps, mon site web. Revoir des archives, des centaines de photos, ‘’voyager’’ des heures dans le passé, remémorer des moments, des rencontres, des amis. 

Une période d’introspection qui m’a tenu occupé et m’a fait réfléchir.

Deux jours après le dé-confinement, je suis allé en mobylette jusqu’au bord de l’océan, à 100 km de chez moi.

Je voulais regarder l’horizon, regagner et ressentir une certaine sensation d’infini, de liberté. 

Somme toute, je prends tout ce qui arrive comme une expérience originale que la vie m’offre.

Le confinement aussi. Mais j’aimerais qu’il ne se reproduise plus jamais.

Mes conclusions.  Partout dans le monde le système de santé est mal fait et nos politiques sont faibles, pour ne pas dire plus. 

S’il y a six mois on pouvait encore rêver qu’on va revisiter la Lune bientôt, après ce virus qui nous a mis à l’arrêt je me rends compte qu’il y a encore pas mal de choses à régler sur la Terre. 

Je ne suis peut-être pas un bon exemple à suivre au niveau des mesures barrière, mais il faut savoir que mettre un électron libre comme moi dans une cage c’est comme un suicide.

Alors je vis, 

j’aime,

je suis aimé,

je crée !

De toute façon, 2020 restera pour moi l’année de l’amour. Après un confinement de deux mois, je suis encore plus sûr qu’on n’est pas faits pour vivre seuls.

Alors je réfléchis de plus en plus à ma vie intime, tout en préparant de nouvelles aventures artistiques pour célébrer toujours la rencontre.

Entre temps…

…je viens de finir la restauration de l’œuvre de Jean Dubuffet à Vitry sur Seine.

…je dessine dans l’atelier ou dans les rues, je vis moi aussi ma vie, masqué, comme tout le monde.

*Notice bio

Artiste franco-roumain, George BODOCAN / BODO vit et travaille en France. Il considère le dessin comme le langage universel et le plus ancien moyen de communiquer.

Portfolio et site d’artiste: www.georgebodocan.com 

BODO est le fondateur de L’association Villa Sator, une maison artistique à Pougne-Hérisson, village dans le centre-ouest de la France.

Villa Sator est née autour de l’idée de reconversion d’une ancienne école de village dans un centre international de résidences artistiques à travers de la diversité, le rencontre et le partage.

L’appel à résidence s’adresse aux artistes de tout horizon, ayant une pratique professionnelle dans la création contemporaine (peinture, sculpture, installation, photo, dessin, céramique, performance, son etc…) sans limite d’âge et de nationalité.

Plus d’info : https://georgebodocan.com/villa-sator/

Rédigé par Cristina Hermeziu le 6 octobre 2020.

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