Des poèmes poignants. Constant Tonegaru traduit par Stéphane Lambion

Le poète rebelle Constant Tonegaru (1919-1952), opposant politique et météore littéraire, vient d’être traduit pour la première fois en français. Soixante-dix ans après sa mort, Plantații (Plantations) – son unique recueil de poèmes, publié à Bucarest en 1945 par la Fondation royale pour la littérature et l’art et récompensé du Prix des jeunes écrivains – a été traduit du roumain par Stéphane Lambion pour les éditions Abordo.

Préfacée par la poétesse Linda Maria Baros, dotée d’un appareil critique remarquable établi par le traducteur, cette édition bilingue rend justice à ce poète méconnu ayant laissé derrière lui une œuvre qui a marqué discrètement mais durablement l’avant-garde poétique de son époque et celles des générations suivantes.

Notre coup de cœur se trouve à la page 121.  Au creux de son tableau presque tranquille, le poème După-amiază / Après-midi semble avoir capté une forme saisissante et atemporelle d’intranquillité et de violence qui fait écho, d’une manière étrange et poignante, à nos jours.

[De nos jours, chassés par la guerre, des femmes et des enfants sont contraints dramatiquement à l’errance et tous nos murs, réels ou virtuels, crient notre impuissance, avec des mots de détresse et des injures.]  

Après-midi

Le vieux tramway était retiré sur une voie de garage,

dans une maison une fenêtre était ouverte à l’étage;

il faisait chaud, trop chaud et les enfants par le jeu fatigués,

comme les anges qui rentrent avec les étoiles du pâturage,

attendaient que le tramway raconte une histoire –

le tramway où une chatte a mis bas. //

Dans les rues les colporteurs criaient :

 – Le prix du pain reste inchangé.

Quelque part sonnaient des trompettes militaires

appelant les anges au rapport sur un nuage très haut

et les passants aux talons de gomme

scellaient les ombres des maisons sur l’asphalte. //

A l’étage une femme collait ses seins

au cristal d’un miroir ;

il faisait chaud, trop chaud, les enfants fâchés

contre le tramway qui ne leur a rien dit de nouveau

ont écrit sur la plateforme avec un clou

un mot d’opprobre : CON.

(le poème Après-midi de Constant Tonegaru (1919-1952), extrait du recueil Plantații – Plantations [1945, 2003], traduit du roumain par Stéphane Lambion, édition bilingue, éditions Abordo, collection La lanterne du Passeur n° 4, mars 2022, p. 121)

Rédigé par Cristina Hermeziu le 20 mars 2022.

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