Temps d’arrêt. Stéphane Lambion

Stéphane Lambion: "je pense que le sentiment de traverser une crise collective a permis de relativiser la notion d’intimité et la pudeur qui l’accompagne habituellement – le raisonnement étant plus ou moins le suivant : puisqu’il existe un virus qui nous met collectivement face à ce qu’il y a de plus intime (le rapport à la mort), je peux bien partager des choses de mon intimité – m’extimer – sans que cela paraisse impudique ou déplacé (au contraire, un tel partage ne peut que renforcer le sentiment de collectivité). Le fait que beaucoup se soient confrontés à l’expérience de l’extimité par la création est une très belle chose."

Temps d’arrêt. Roland Jaccard

Roland Jaccard: "Quand j’ai appris que Miss Corona embrasait la planète, j’ai aussitôt rempli une attestation spécifiant que je ne voulais en aucun cas être réanimé. Ensuite, j’en ai rempli une seconde à l’intention de la police spécifiant à quelle heure je m’approvisionnais à la grande épicerie du Bon Marché. Je n’ai pas manqué d’y ajouter une photocopie de la couverture du livre de Michel Foucault : « Surveiller et Punir ». La première fois que j’ai été contrôlé, la fliquette m’a demandé ma carte d’identité. Quand elle a découvert ma citoyenneté helvétique, elle s’est montrée soudain très affable. Il est préférable de venir d’un pays riche, ai-je observé une fois de plus."

Temps d’arrêt. Ciprian Apetrei

"Une pause à passer avec soi-même. Un temps offert par surprise. Mais pas gratuitement. Il est venu avec une peur oubliée et avec la suspension d’une vie tranquille et en sécurité. Pourtant, ce n’est ne pas facile de passer beaucoup de temps en sa propre compagnie. Il ne l’a jamais été. A l’époque de la multiplication des formes de communications et de transport, toute la planète nous reste à disposition, pour que l’on s’enfuie de nous-mêmes. Sauf que la pandémie nous a mis le pied devant la porte. "

Temps d’arrêt. Grégory Rateau

"Dans ce climat de repli sur soi national, de paranoïa générale, d’inégalités criantes, de chômage pour les uns, nous l’avons vu, les tensions y sont allées bon train. Certains ont préféré tout banaliser, hurler sur les réseaux sociaux, allant même jusqu’à dénaturer le sens des mots dictature, privation de nos libertés, état policier, sans se demander une seconde quoi en faire de cette fameuse liberté. Il est vrai qu’une dictature nous aurait sans doute privés du droit même de nous en offusquer."

Temps d’arrêt. Roxana Sicoe-Tirea

Roxana Sicoe-Tirea: "Nous avons eu l’opportunité de mieux estimer le poids d’un point mort, d’une impasse, d’une barrière tout comme l’importance de la dynamique des humains, des aliments, des médicaments et des marchandises sur les routes. Y aura-t-il un impact sur la façon d’envisager désormais ces déplacements ? Saurons-nous trouver un équilibre entre l’hyperventilation et l’asphyxie en évitant d’entamer des trajets inutiles mais aussi de bloquer les portes dont l’ouverture pourrait sauver des vies ?"

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :