#chronique Le Levant, de Mircea Cărtărescu : la terre promise baigne dans le suc des mots

Truffé de références piochées dans deux siècles de littérature roumaine et européenne, „Le Levant” de Mircea Cărtărescu dit que nous sommes, ensemble, un vaste texte en vase communicant. Toutes les pistes sont permises – même les plus irrévérencieuses – afin d’embrasser notre héritage humaniste ; tous les clins d’œil sont possibles pour ranimer l’hypertexte de la culture commune qui nous structure. Tout au fond gît la seule liberté totale, jouissive, dont on dispose quand la tyrannie revient en boucle : la liberté de l’esprit.

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#chronique Răzvan Rădulescu, La Vie et les agissements d’Ilie Cazane

"Răzvan Rădulescu a choisi le rire pour faire éclater en mille morceaux la bulle de l’idéologie totalitaire. Un véritable tour de force : des épisodes dramatiques sont constamment détournés par un traitement ironique. Les tomates d’Ilie Cazane ont la taille des courges…mais aucun résultat exceptionnel ne peut être obtenu à l’insu du Parti..." Par Monica Salvan.

#chronique L’érotisme politisé. Gabriela Adameşteanu, « Situation provisoire »

Si Letitia vit l'érotisme lourd de sa relation avec Sorin comme une preuve de vitalité affective, c'est pour ne pas laisser se cristalliser une intuition : l'homme qui la fait frémir si profondément ne saurait la suivre ni la choisir. La chair amoureuse est la seule certitude possible, semble dire Gabriela Adameşteanu qui réussit à fondre dans ce quatrième roman amour viscéral et turpitude politique, clandestinité érotique et clandestinité politique.

#chronique Journal de Dracula : résurrection de l’homme, mort du mythe

Quelle découverte ! Entre les lignes d’un texte en grec, l’écrivain roumain et l’italianiste Marin Mincu (1944-2009) récupère une étrange écriture en valaque : des pensées diverses et des faits historiques commentés par Vlad Tepes lui-même, pendant sa détention dans la tour de Salomon, près de Buda, en 1463. Voici donc l’extraordinaire "Journal de Dracula", personnage historique, bien réel, guerrier craint par Mehmed II le Conquérant, pressenti par le Pape Pi II pour diriger sa tentative de croisade. Il faut croire : Vlad Tepes dit Dracula fut un écrivain éblouissant...

#chronique Un émail d’Alexandra Badea. Accusé de réception

Alexandra Badea frappe fort. Son écriture nerveuse et directe se fait spectacle devant les yeux des spectateurs, pendant leur temps de contemplation. Elle tape son message et l’envoie à quelqu'un, par émail. L’autre répond, du tac au tac. Les échanges s’étoffent, la tension monte, sur la scène le guitariste Benjamin Collier en est le sismographe et fait vibrer les "Mondes" qui s’entrechoquent. Zoom France Roumanie vous recommande "Mondes"...

Quand Savatie Bastovoi pèse l’âme du monde

Un doux écho de Tolstoi - celui de La Résurrection - traverse délicatement les pages de ce roman social violent et drôle où, sous la plume d’un écrivain-moine, les plus démunis de la vie s’avèrent être des miraculés.

#lesbonnesfeuilles Le charme âpre de Tatiana

Tatiana Tibuleac sait peindre en filigrane la rage qui s’adoucit, sans diminuer pour autant la tension de l’écriture, sans édulcorer ni la sort des personnages, ni les mots qui la disent. C’est le charme âpre de cette jeune écrivaine déjà mûre, impitoyable, manipulatrice et séduisante dès ses premières lignes. Preuve à l’appui :

#chronique Un train pour « La Septième partie du monde »

Histoire d'amour et "road movie" philosophique sous la forme d'une merveilleuse relation épistolaire. Ce roman est une bouleversante initiation à l’art des amours perdues et à la mythologie des séparations.

#chronique Marta Petreu: paysage de vie et de mort, le destin en point de fuite.

Dépaysez-vous: rural et métaphysique, le roman de Marta Petreu a la force tellurique d'une plaine roumaine ravinée par la boue et le péché, et la transparence mystique d'un ciel qui ne pardonne pas les désamours.

#chronique „Epopopoèmémés” et autres trébuchements de Sanda Voica

Est-ce que c’est fait exprès ? Imprononçable, le titre du recueil de Sanda Voïca pose d’emblée un défi. Incertitudes, trébuchements, bégaiements, on les cache, on ne les exhibe pas, n’est-ce pas ? Les failles, ce n’est l’affaire de personne. Sauf si c’est de la poésie. Les impossibles Epopopoèmémés (éditions Impeccables) en sont la preuve : en poésie, rien de ce qui fait buter n’est perdu.

#lesbonnesfeuilles Frôler le bonheur avec « Celui qui comptait être heureux longtemps »

C'est avec une grâce irréelle que le nouveau roman d’Irina Teodorescu fait valser nos intransigeances et nos choix impossibles, nos bonheurs et nos culpabilités par temps noir de dictature.

#lesbonnesfeuilles D’après une histoire vraie : Delphine de Vigan tue son « nègre »

Quelle est cette lame de fond qui brasse l’air du temps et fait ressortir un sujet littéraire plus qu’un autre ? Comment se fait-il que plusieurs écrivains développent, chacun à leur manière mais visiblement côte à côte, le même thème ? L’emprise sur l’Autre traverse au moins trois des romans qui ont nourri la rentrée littéraire 2015.

#lesbonnesfeuilles Titus n’aimait pas Bérénice : le chagrin d’amour de Nathalie Azoulai

A aime B qui aime C. Le rythme vallonné de ce chagrin d’amour classique n’est pas sans rappeler le gong, à deux coups, qui précède une tragédie. Racine en a écrit douze. Son intuition n’a pas pris une ride : plus c’est simple, plus le tumulte bout sous la surface lisse ; plus c’est limpide, plus c’est obscur, là, au cœur de l’intensité irrationnelle des passions. L’originalité de Nathalie Azoulai est de se faire Racine tout court, afin d’interroger cette obscurité des passions et de frôler la clarté de la langue qui en rend compte.

#lesbonnesfeuilles „La vie commence vendredi” : la promesse d’Ioana Pârvulescu

Il y a des livres qui sont des fauteuils de luxe. On s’y love et on se laisse porter par le film unique que seule la littérature est capable de projeter sur notre écran intime, avide d’évasions. Traduit du roumain par Marily le Nir pour Le Seuil, « La vie commence vendredi » d’Ioana Pârvulescu est de ces livres-là : ouaté, le style enveloppe en douceur et l’univers, découpé de l’époque où il faisait bon vivre, séduit d’instinct.

#lesbonnesfeuilles „Hôtel Universal”, vue imprenable sur jardin de rosiers

Les épices et les douceurs du monde balkanique, moulues dans le creuset de Bucarest par un commerçant devenu un fameux confiseur, font le charme d’une envoûtante saga familiale. Cette histoire qui traverse 150 ans de transmissions matriarcales – “des vérités de femmes” – est reconstruite par l’étrange Maia, jeune locataire du sulfureux Hôtel Universal, ancien lupanar, refuge de la Securitate au temps des communistes, recyclé en foyer étudiant après la révolution roumaine de 1989.

#lesbonnesfeuilles „La Jeune Épouse”, d’Alessandro Baricco : tomber sous le charme

Pensez à mettre de la crème solaire avant de plonger dans ce livre ensoleillé avec vue sur l’initiation érotique de la Jeune Épouse. Une histoire d'amour signée Alessandro Baricco, qui n'hésite pas à emprunter des chemins détournés... Des jours de grosses chaleurs, « étouffantes et impitoyables », la Famille connaissent sur ses terres d’Italie du début du XXe siècle. « Le Père, la Mère, la Fille, l’Oncle. Temporairement à l’Étranger, le Fils. Sur l’Ile » nous annonce d’un coup sec de pinceau Alessandro Baricco, l’aquarelliste. On s’invite donc avec délice dans la fraîcheur de leur salon à petits-déjeuners interminables et dans leurs vies, bridées par une peur commune :

#lesbonnesfeuilles « Dernier été en Bretagne » : bouleversante élégie d’exil par Ada d’Albon

Chaque été, depuis 33 ans, comme une amante plus que fidèle, Ada d’Albon quitte Paris et prend rendez-vous avec l’océan dans le petit port de St Pierre Quiberon, en Bretagne. Son poignant “récit d’exil”, paré d’une couverture rouge - plaie et d’un splendide titre de film, s’ouvre abruptement avec cette aquarelle impitoyable : “Le crabe était mort. Le soleil l’avait desséché. Il a été arraché de son habitat et jeté dans le creux du rocher par une forte vague. L’océan, indifférent, a continué à se mouvoir sans lui. Aucune autre vague n’est remontée pour l’extraire du creux.” On plonge d’emblée dans une mélancolie presque froide, désemparés devant le pressentiment d’un aveu d’impuissance : l’argent manque, dernier été en Bretagne, donc.

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